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Karl Olive,
Maire de Poissy,
Vice-président de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise
Vice-président du Conseil départemental des Yvelines

 

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Chers Pisciacaises, Chers Pisciacais,

Nous autres, sommes les enfants d’une génération de paix durable.

Nous ne connaissons pas l’abime des tranchées, nous ne connaissons pas le fait de ne pas avoir à manger, de marcher dans le noir vers l’inconnu. Nous ne connaissons pas la souffrance silencieuse d’un combattant blessé.

Des femmes et des hommes dont certains sont parmi nous ont connu dans leur vie, à cette souffrance et cette ombre inextricable. Des milliers de femmes et d’hommes qui nous ont quittés ont fait ce sacrifice ultime pour que nous puissions vivre en paix. Ils ont payé le prix, celui de nous permettre d’être libres.

Libres de rêver, Libres de voir grandir nos enfants, Libres dans une nation en paix.

1944-2017 : 73 ans ont passé. Nous sommes réunis, le cœur plein d’émotion, devant le monument aux morts de notre cher cimetière de la Tournelle, pour rendre hommage à ces héros qui se sont battus pour que plus jamais nous ne connaissions les horreurs dont ils furent les malheureux témoins.

« La guerre est le plus grand de tous les maux ». Cette formule de Boris Vian nous vient naturellement à l’esprit au moment d’évoquer le conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité. 60 Millions de morts. Un chiffre qui fait froid dans le dos et dont la seule évocation nous laisse le sentiment d’un immense gâchis.

Tant de vies interrompues, Tant de destins brisés, Tant de larmes versées, Tant de familles décimées.

Des hommes, des femmes, des enfants mis à mort pour assouvir les passions criminelles du nazisme.

Parmi eux, des soldats, qui avaient fait le choix de se battre pour protéger leurs familles et défendre leur patrie.  220 000 valeureux combattants qui ont fait face aux canons et aux bombes pour libérer la France. Mais aussi des civils, victimes collatérales des bombardements et des combats sans merci. Ce sont 350 000 Françaises et Français qui ont trouvé la mort dans un conflit qu’ils n’avaient pas voulu.

Sans oublier ces hommes et ces femmes dévastés par le chagrin causé par la perte d’êtres chers, peinant à se reconstruire après avoir connu l’enfer des camps de concentration, et d’extermination. Oui, la guerre est vraiment le plus grand de tous les maux.

Pourtant, au milieu de ce chaos et du désespoir général, des lumières sont restées allumées. Partout en France, des hommes et des femmes se sont dressés contre la barbarie et le fanatisme. « La vraie bravoure, écrivait Jean-Baptiste Blanchard, ce sentiment sublime, qui élève l'homme au-dessus de la nature, et méprise le danger quand le devoir appelle, ne ressemble pas à la fureur, ni à cette délicatesse pointilleuse que l'ombre d'un outrage enflamme. Elle aime à venger avec éclat les injures de la patrie, et dissimule les offenses personnelles, ou les pardonne. Elle cherche à triompher des ennemis de l’État par sa valeur, et des siens par la gloire de ses actions. »

Chers Pisciacais, Chers pisciacaises,

Ici, rendons aux héros de la Résistance les honneurs qui leur sont dus. Souvenons-nous du jeune Roland le Bail, à qui nous pensons, Roland, qui, en 1944 s’engage dans la résistance à l’âge de 20 ans. Aux côtés de Georges Constanti, Louis Lemelle et Jean-Claude Mary, le jeune combattant participe à des actions d’envergure dans Poissy et ses environs. Fraiseur-outilleur depuis deux ans dans les usines Ford, Roland le Bail et ses camarades ont un rôle primordial dans la libération de notre cité.

Profitant de leur poste stratégique, ils prennent position toutes les nuits à la gare d’Achères pour surveiller les allemands et transmettre au bureau des Forces Françaises de l’intérieur de Paris des informations sur le trafic ferroviaire. De là, les informations remontent directement vers Londres. Comme le dit le proverbe, « le courage croît en osant, et la peur en hésitant ».

Bravant le danger et risquant leurs vies, les jeunes pisciacais montent également des opérations visant à capturer des soldats allemands et à s’emparer de leurs armes pour défendre Poissy assiégée.

Souvenons-nous aussi de Marguerite Kheren, dont la diplomatie et la présence d’esprit permirent d’éviter une fin tragique aux Pisciacais réunis devant l’hôtel de ville le 21 août 1944 pour les obsèques des victimes du bombardement du 18 août.

En ce jour, le cimetière de la Tournelle où nous sommes rassemblés, est une fenêtre sur l’histoire. L’histoire de ces héros à jamais réunis au Panthéon de nos mémoires pisciacaises. L’histoire de leur combat acharné pour la victoire de la liberté contre l’oppression.

Ils n’étaient pas des soldats, ils n’avaient jamais appris à se servir d’une arme, ils étaient comme vous et moi, des hommes et des femmes ordinaires. Et pourtant, quand arriva le moment de choisir entre la résignation et la révolte, ils firent le choix de se battre pour conquérir la liberté, ce bien si précieux dont on ne mesure le prix que lorsqu’on l’a perdu.

En cette année 1944, un nouvel espoir renait dans le cœur des français qui voient dans les spectaculaires débarquements des alliés sur les plages normandes, le présage d’une proche victoire, et rejoignent massivement la Résistance.

Mais permettez-moi de revenir sur les heures sombres qui précédèrent la libération que nous fêtons aujourd’hui.

Au mois d’août, Poissy attend, comme toutes les villes de France, la délivrance de l’occupation. Mais cette attente va apporter son lot de souffrance. En pleine fuite, les troupes allemandes deviennent sans concession. Le 18 août 1944, vers 20 heures, un drame frappe la ville de Poissy. Pour échapper à deux avions alliés qui le pourchassent, un bombardier allemand se déleste de sa charge meurtrière sur la ville. Le bilan parle de lui-même : 3 adultes et 8 enfants perdent la vie. On compte une dizaine de blessés.

La tension monte à chaque jour qui passe.

Les Allemands, encore présents, chassent les résistants dans la ville, mettant la population sous pression. Les jours qui s’en suivent seront à jamais marqués par le sceau de la tragédie. Le 20 août, au moment même où les Pisciacais se recueillent devant les corps des victimes du bombardement du 18 exposés dans le hall de la mairie, un autre drame se joue à quelques rues. Des coups de feu sont tirés sur trois Allemands qui cherchaient à dépanner un véhicule réquisitionné. L’un d’eux touché à l’abdomen, succombe à ses blessures. Dès le soir, par crieur public et affichage, l’ober-lieutenant commandant la section de Feld fait savoir que si des faits similaires se reproduisent, il fusillera un dixième de la population civile.

La tension atteint son paroxysme. Une goutte d’eau peut faire basculer la ville dans la terreur. Elle ruissèlera dès le lendemain.

Au matin du 21 août, les onze victimes du bombardement sont inhumées. Dans le même temps, les Allemands sont à la recherche des auteurs de l’attaque de la veille. Ils découvrent trois des leurs retenus prisonniers dans l’actuel grenier du Conservatoire de musique. Six résistants sont arrêtés. Ce groupe se compose de deux membres des FFI, Forces Françaises Intérieures, et de quatre soldats français en uniforme de tirailleurs sénégalais évadés des mains de l’armée allemande. Le groupe est fait prisonnier et l’un des tirailleurs, blessé, est exécuté séance tenante place de la République devant le Maire, les adjoints et de nombreux Pisciacais.

Fou de rage, l’officier allemand voulut fusiller sur place l’ensemble du conseil municipal pour complicité de terrorisme. Mais, le courage, la présence d’esprit et l’habileté de la traductrice, Marguerite Kehren, ont permis d’empêcher un massacre ignoble. Par cet héroïsme instinctif, Marguerite rejoint ces nombreux braves Français exceptionnels qui ont montré en ces difficiles instants la grandeur retrouvée de notre mère patrie. Vers 17h, ce 21 août 1944, le commandement allemand emmena les deux FFI et les trois tirailleurs ainsi que celui qui les avait dénoncés.

La tension palpable dans l’air se nourrit aussi bien de l’angoisse des uns que de l’espoir des autres. Malheureusement, la suite, nous la connaissons tous.

Les soldats allemands décident de se débarrasser des 5 résistants à la lisière de la forêt. 5 lâches assassinats qui ont transformé ces résistants en héros de notre libération.

Souvenons-nous aujourd’hui d’eux, de ces hommes qui se sont sacrifiés pour notre liberté. Ils se nommaient Louis Lemelle, Georges Constanti, Jean-Claude Mary, Cam Diope, Gueranda.

Rendons également hommage à Michel Jeunet. Dans la soirée du 25 août, ce jeune FFI est arrêté en compagnie de trois compagnons. Ils transportent dans leur voiture tout un arsenal pour la résistance. Touché par les balles de l’occupant, Michel Jeunet succombe à ses blessures. A peine 16 heures plus tard, les Chars américains entrent dans Poissy par l’avenue de Migneaux. De leur côté, les Allemands ont fui en ordre dispersé. A cette heure, plus un seul Allemand ne se trouve dans Poissy. Désertée par l’occupant, la ville redécouvre sa liberté. Enfin libres, purent-ils s’écrier !

Ainsi que le Général de Gaulle le soulignait dans son discours prononcé le 25 août 1944 devant les Parisiens réunis à l’Hôtel de Ville : « Pourquoi voulez-vous que nous dissimulions l'émotion qui nous étreint tous, hommes et femmes, qui sommes ici, chez nous, dans Paris debout pour se libérer et qui a su le faire de ses mains. Non ! Nous ne dissimulerons pas cette émotion profonde et sacrée. Il y a là des minutes qui dépassent chacune de nos pauvres vies. »

Chers Pisciacaises, Chers Pisciacais, Chers amis,

73 ans plus tard, ne dissimulons pas notre émotion et comme les Pisciacais témoins de la libération de notre cité il y a 73 ans, réjouissons-nous ! Réjouissons-nous de vivre dans une société libre. Réjouissons-nous du précieux héritage légué par nos ancêtres. Et n’oublions jamais, chaque jour, toutes celles et ceux qui ont fait ce que nous sommes. Toutes celles et ceux qui encore aujourd’hui se battent au quotidien pour nous protéger et lutter contre la barbarie aussi occulte que lâche.

N’oublions jamais toutes celles et ceux qui ont fait et font de notre belle France, le plus beau pays du monde ceint de son Bleu, son Blanc et son Rouge. Sa Liberté, son égalité, sa fraternité.

Plus que jamais mes chers amis,

Vive Poissy !

Vive la République,

Vive la France !