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Karl Olive,
Maire de Poissy,
Vice-président de la communauté urbaine Grand Paris Seine & Oise
Vice-président du Conseil départemental des Yvelines

 

5L5A2456

Chers Pisciacaises, Chers Pisciacais,

Quand les canons se taisent enfin en 1945. La guerre fait place à la désolation. L’Europe est dévastée. 50 millions de victimes manquent à l’appel, dont une forte majorité de civils : Résistants, déportés, victimes de bombardements. Poissy, comme toutes les villes de France, se retrouve dans un pays anéanti.

Il suffit d’entendre ces quelques vers de Louis Aragon : 

« J’écris dans ce pays que le sang défigure

 Qui n’est plus qu’un monceau de douleurs et de plaies

 Une halle à tous vents que la grêle inaugure

 Une ruine où la mort s’exerce aux osselets »

Après 6 années de lutte, la barbarie de l’idéologie nazie se dévoile au grand jour. Le nazisme ne transige pas. Le monde doit être à son image. Quitte à détruire ceux qui ne conviennent pas. 

Incrédules, les soldats alliés découvrent les camps d'extermination. L'horreur unanime suscitée par cette réalité conduit les vainqueurs, fait sans précédent, à traduire devant un tribunal les dirigeants allemands survivants. Pour ces raisons, le 8 mai 1945 ne se résume pas à la seule capitulation de l’Allemagne Nazie, mais cette date doit rester encrer dans nos mémoires comme la victoire de la liberté des hommes face à la barbarie et l’asservissement. 

Et, de ce combat, la France participa à la grande victoire. Mais dans cette lutte, la figure d’un chef s’impose. Avec l’appel du 18 juin, le général de Gaulle devient une voix dans la nuit qui réconforte tous les Français malheureux de la capitulation. Le ministre André Malraux rappelle cet espoir dans la nuit de Londres. Je le cite : « La France n'est pas morte. " L'essentiel est là. Ainsi de Gaulle révèle-t-il ce que beaucoup, à la fois, espèrent et n'osent espérer. " La France n'est pas morte. " Une idée toute simple, perceptible pour tous. Le 18 juin, il s'agit de rendre confiance. Il répète trois fois : " La France n'est pas seule. ". Il prophétise la victoire, mais ce qu'il veut, dès le 18 juin, c'est d'abord délivrer la France de son propre abandon. »

La capitulation en juin 40 et les débuts du régime de Vichy lancent des centaines de Français dans l’anonymat. Ils entrent en résistance. Pour l’amour de leur pays, et pour sa grandeur, ces Français se constituent en petit groupe un peu partout sur le territoire national. Mais le général de Gaulle comprend la grave nécessité de coordonner ses troupes car au jour de la libération elles seront une force déterminante dans la victoire finale.

Pour cette raison, il envoie Jean Moulin, l’ancien préfet de l’Eure-et-Loir, reprendre la route de la France pour accomplir cette lourde tâche en janvier 42. Il lui faudra un peu plus d’un an. Il réussit ce tour de force en les réunissant tous dans le Conseil national de la Résistance en mai 43. De Français résistants, Jean Moulin les modèle en la Résistance française. Mais dans le même temps, d’autres hommes se jettent dans l’anonymat.

En Février 1943, le Régime de Vichy à la demande des Nazis instaure le Service du travail Obligatoire, le fameux STO. La France doit participer à l’effort de guerre nazi. Des milliers de jeunes décident de s’enfuir se cacher dans les massifs montagneux et les forêts de France. Les maquisards prennent vie. Jeunes et Fougueux, ils espèrent un débarquement allié dès l’automne 43. Malheureusement, ils n’avaient pour seuls armes que leur courage et leur bravoure. Certains maquis possèdent des armes mais sans munition, d’autres des balles mais sans fusil. Combinée à un hiver 44 dur et glacial, la répression du Gouvernent de Vichy avec l’appui des Nazis décime les rangs des maquisards. Dans le cœur des résistants, au printemps 44, la nouvelle d’un débarquement prochain redonne de l’espoir.

Dans la nuit du 5 au 6 juin, à l’écoute de quelques vers, les résistants sortent de l’ombre. « Les sanglots longs des violons de l’automne, blessent mon cœur d’une langueur monotone ». A ces mots, par milliers, les résistants partent attaquer, saboter les voies ferrées et le téléphone. Les actions guérillas des résistants permettent de prendre par surprise les Allemands. A 5h30, le déluge de feu s’abat sur les plages de Normandie. Les premières troupes embarquent dans les péniches de transport. Le front s’étend sur 35 kilomètres. La tension, la peur et l’attente du combat final s’entremêlent dans les esprits de ces 130 000 hommes. Britanniques, Américains, Canadiens ainsi que les 177 soldats français du Commando Kieffer, intégrés à la brigade du Lord Lovat.

Voici que débute une bataille attendue depuis plus d’une année par tous les Européens qui, sur le continent, luttaient contre l’occupation nazie. Le général de Gaulle s’empresse de l’annoncer sur les ondes de la BBC, le soir-même du D-day : « La bataille de France a commencé. Il n'y a plus, dans la nation, dans l'Empire, dans les armées, qu'une seule et même volonté, qu'une seule et même espérance. Derrière le nuage si lourd de notre sang et de nos larmes voici que reparaît le soleil de notre grandeur ! »

C’est au soir du 11 juin que la bataille des plages s’achève par la victoire des alliés. Utah beach, Omaha, Sword,  Gold et Juno... Ô combien de vies tombées sur ces plages de Normandie. A leur nom, une vague d’émotion nous envahit. Celle de leur courage et de leur bravoure. L’avenir de la France se joue aussi dans ses premiers jours du D-Day. Le général de Gaulle comprend que la voix de la France Libre qu’il a incarné durant toutes ces années à la radio de Londres doit devenir le visage de la France de la Libération sur notre sol.

Le matin du 14 juin 1944, à Portsmouth, le capitaine de corvette André Patou, commandant du torpilleur français La Combattante se voit donner l'ordre de se rendre à 8h30 devant le quai d'honneur du port. Il ne sait pas encore qu'il doit emmener le général de Gaulle en Normandie. Outre l’empressement de retrouver sa patrie, le général de Gaulle souhaite surtout que la France retrouve sa souveraineté nationale au plus vite. Je cite le Général : « Je vous promets que nous continuerons la guerre jusqu'à ce que la souveraineté de chaque pouce de territoire français soit rétablie. Personne ne nous empêchera de la faire. Nous combattrons aux côtés des Alliés, avec les Alliés, comme un Allié. Et la victoire que nous remporterons sera la victoire de la liberté et la victoire de la France. »

Au mois d’août 44, Poissy attend la délivrance de l’occupation. Mais cette attente va apporter son lot de souffrance. En pleine fuite, les troupes allemandes deviennent sans concession. Le 18 août 1944, vers 20 heures, Un drame frappe la ville de Poissy. Dans sa fuite, un bombardier allemand lâche ses bombes sur la ville. Le bilan parle de lui-même : 3 adultes et 8 enfants perdent la vie. Et on compte une dizaine de blessés. La tension monte à chaque jour qui passe.

Le 20 août, au moment même où les Pisciacais se recueillent devant les corps des victimes du bombardement du 18 exposés dans le hall de la mairie. Un autre drame se joue à quelques rues. Des coups de feu sont tirés sur trois Allemands. L’un d’eux succombe à ses blessures. Dès le soir même, par crieur public et affichage, l’ober-lieutenant commandant la section de Feldgendarmerie fait savoir que si des faits similaires se reproduisent, il fusillera un dixième de la population civile. La tension atteint son paroxysme. Une goutte d’eau peut faire basculer la ville dans la terreur. Elle ruissèlera dès le lendemain.

Au matin du 21 août, les onze victimes du bombardement sont inhumées. Dans le même temps, les Allemands sont à la recherche des auteurs de l’attaque de la veille. Dans leur traque, ils découvrent trois Allemands retenus prisonniers dans l’actuel grenier du Conservatoire de musique. Six résistants sont arrêtés. Ce groupe se compose de deux membres des FFI, Forces Françaises Intérieures, et de quatre soldats français en uniforme de tirailleurs sénégalais évadés des mains de l’armée allemande. Le groupe est fait prisonnier et l’un des tirailleurs blessés sera exécuté place de la République devant le Maire, les adjoints et de nombreux Pisciacais. Fou de rage, l’officier allemand voulut fusiller sur place l’ensemble du conseil municipal pour complicité de terrorisme.

Mais, le courage, la présence d’esprit et l’habileté de la traductrice, Marguerite Kehren, ont permis d’empêcher un massacre ignoble. Par cet héroïsme instinctif, la jeune pisciacaise entre dans le panthéon de ses braves Français qui ont montré en ces difficiles instants la grandeur retrouvée de notre mère patrie. Malheureusement, la suite, nous la connaissons tous. Ne pouvant se rendre sur Paris comme ils le souhaitaient, les soldats allemands décident de se débarrasser des 5 résistants et du traitre à la lisière de la forêt. 5 fusillés. 5 assassinés. 5 résistants devenus héros de notre libération.

Souvenons-nous aujourd’hui de ces hommes qui se sont sacrifiés pour notre liberté : Louis Lemelle, Georges Constanti, Jean-Claude Mary, Cam Diope, Gueranda.

Rendons également hommage à Michel Jeunet. Dans la soirée du 25 août, ce jeune FFI est arrêté en compagnie de trois compagnons. Ils transportent dans leur voiture tout un arsenal pour la résistance. Touché par les balles de l’occupant, Michel jeunet succombe de ses blessures. 

A peine 16 heures plus tard, les Chars américains entrent dans Poissy par l’avenue de Migneaux. A cette heure, plus un seul Allemand ne se trouve dans Poissy. Désertée par l’occupant, la ville redécouvre sa liberté. Enfin libres, purent-ils s’écrier !

Aujourd’hui nous leur rendons hommage en célébrant le 73ème anniversaire de la Libération de Poissy, et ses héros de notre belle cité. Il me vient une pensée pour une personne qui n’a pas pu être parmi nous pour raison de santé. Je veux bien sûr parler de Roland Le Bail, résistant et ancien membre de la Compagnie Lemelle. Lui qui s’engage dans la lutte du haut de ses 20 ans en 1944, fut le compagnon de route de son ami George Constanti. Ensemble, Ils intègrent le réseau Ceux de la Résistance. Quelques temps après, les deux hommes rejoignent Louis Lemelle et Jean-Claude Mary.

C’est alors que commencent des actions d’envergure sur Poissy et ses environs avec ce groupe de jeunes résistants. Bientôt reconnus sous le nom de compagnie Lemelle. Jeunes et fougueux, ces Pisciacais ont mis leur vie en péril pour l’honneur de la patrie. Dévoués et braves, Roland le Bail et ses compagnons restent à mes yeux les garants de notre histoire et de la mémoire de notre cité. Je tiens à remercier de sa présence Maurice Bercot, membre de cette compagnie, venu de Normandie pour commémorer avec nous l’action de ses compagnons.   

Je souhaiterais également mettre à l’honneur une femme de tête, une figure de la résistance pisciacaise, Geneviève Brousset. Cette femme dont l’engagement  s’est exprimée même au-delà de la guerre. Pendant de nombreuses années, elle fut une élue de notre belle cité de Saint Louis. Mais, avant tout, Geneviève est connue pour sa lutte acharnée contre l’occupant durant cette Seconde guerre mondiale et pour sa forte implication dans la résistance. Avec les siens, pour les siens, au nom des siens et au nom de la France. Parfois le parcours d’une vie exprime davantage que de mots. Celui de Geneviève symbolise autant la force, le courage et l’abnégation que le patriotisme et la bravoure.  

Ici, nous devons leur rendre hommage ainsi qu’à ceux tombés pour avoir voulu préserver la grandeur de la France. Tâchons d’être à la hauteur de leur message. Ce message de paix et de tolérance que Simone Veil portait mieux que quiconque, elle à qui l’on doit cette merveilleuse déclaration faite le 27 juin 2005 à l’occasion de l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz-Birkenau : « Aujourd'hui (…), un nouvel engagement doit être pris pour que les hommes s'unissent au moins pour lutter contre la haine de l'autre, contre l'antisémitisme et le racisme, contre l'intolérance. Les pays européens qui, par deux fois ont entraîné le monde entier dans des folies meurtrières ont réussi à surmonter leurs vieux démons. C'est ici, où le mal absolu a été perpétré, que la volonté doit renaître d'un monde fraternel, d'un monde fondé sur le respect de l'homme et de sa dignité. »

Ce message de paix, Simone Veil l’a porté toute sa vie durant. Bien plus encore, elle l’a incarné, elle en a fait son credo. Intronisée le 17 juillet 1979 en qualité de Présidente du Parlement européen, elle insistera sur la nécessité de bâtir une solidarité européenne, et de développer la coopération entre les pays de l’Union.

A l’heure où sont remis en question les idéaux d’une paix commune, d’une protection commune et d’une prospérité commune pour les peuples à l’origine de la création de l’Union européenne, tâchons de nous souvenir avec quelle force et quelle ferveur Simone Veil a soutenu ce qui restera, pour tout humaniste, le plus bel exemple de ce que l’unité peut accomplir de plus remarquable. A l’heure où se jouent dans le monde, des drames terribles. A l’heure où des enfants, des femmes et des hommes sont confrontés aux épreuves les plus redoutables pour échapper à la guerre qui ravage leur pays. A l’heure où des djihadistes viennent perturber notre quiétude au nom d’idéaux n’ayant pour autre fondement que le rejet de l’autre et la haine, nous devons rester Debout. Debout et Fier. Fier de notre belle France. Fier du Bleu, du Blanc et du Rouge.

***

Chères Pisciacaises, chers Pisciacais,

Ce matin, sous l’égide de  Monsieur le Président du Sénat, nous étions réunis devant le monument aux Morts du cimetière de la Tournelle afin de rendre hommage aux Pisciacais qui ont donné leur vie à notre patrie. Il y a quelques minutes, je déposai une gerbe, au pied de la plaque apposée sur le mur de la Halle du Marché, à la mémoire des Pisciacais morts lors de l’horrible bombardement du 18 août 1944.

Tous ces actes de mémoire, tous ces actes de reconnaissance, au moment même où je vous parle, doivent plus que  jamais davantage vibrer dans nos cœurs et dans nos esprits. Notre République, que nous chérissons tous, ne doit pas être malmenée par le doute, la peur et les dissensions. Comme certains fanatismes tentent de le faire. La France est une et indivisible. Ne l’oublions pas !

Rien ne ressemble plus à un Français qu’un autre Français. Aucune différence ne se voit à l’orée de nos valeurs républicaines. Ce qui nous rassemble en tant que citoyen français reste plus fort que tout ce qui nous divise. Nos valeurs républicaines nous protègent depuis des siècles. De la Révolution française à aujourd’hui, l’histoire de France nous prouve, s’il en était besoin, que notre nation a relevé bien des défis et que sa grandeur n’a jamais failli.

Le Président de Gaulle disait lui-même, « la France c’est tout à la fois ». Et en aucun cas, nous devons, nous politiques, l’opposer. Comme il le formule parfaitement en 1965, je cite : « Prétendre faire la France avec une fraction, c’est une erreur grave, et prétendre représenter la France au nom d’une fraction, cela c’est une erreur nationale. ». Nos gouvernants doivent l’entendre de nouveau. Nous ne pouvons pas transiger avec les valeurs de la République. Elles sont le bouclier de notre société et de notre vivre ensemble. 

Comme certains veulent le prétendre, la laïcité n’est pas l’ennemi des religions. C’est tout le contraire. Elle est garante de leur place dans notre République. La Laïcité a permis à toutes les religions d’être sur un pied d’égalité depuis 1905. Nulle n’est supérieur à l’autre, chacune à sa liberté de culte. Et cela reste possible seulement dans un Etat laïc.

Je vous le dis, au lieu de voir nos différences, tentons ensemble de voir ce qui nous unit dans notre chère République. L’avenir de nos enfants nous rappelle à l’ordre. Nous ne pouvons pas fermer les yeux sur ce qui se trame devant nous. Crions notre amour de la liberté comme Paul Eluard, je cite : « Et par le pouvoir d’un mot, je recommence ma vie. Je suis né pour te connaître, pour te nommer, liberté. »

Voilà bien l’héritage transmis par nos héros de la Seconde Guerre mondiale. C’est un lourd héritage que nous devons à notre tour transmette aux futures générations pour qu’elles puissent comprendre d’où elles viennent à défaut de ne pas toujours savoir où elles vont. Je finirai sur un dernier message d’espoir du peintre Marc Chagall : « Si toute vie va inévitablement vers sa fin, nous devons durant la nôtre, la colorier avec nos couleurs d'amour et d'espoir. »

Poissy est une ville aux multiples couleurs. La République est une République aux multiples couleurs. La France est un pays aux multiples couleurs. Alors, plus que jamais, chers amis, chers Pisciacais,

Vive Poissy,

Vive la République,

Vive la France.