Jeu de tir musical

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Jeu de tir automatique à musique, anonyme, France, vers 1880, bois, carton, papier et caoutchouc et mécanisme métallique avec boîte à musique, H. 16,5 cm x L. 51,7 cm x P. 37.5 cm. Collection du Musée du Jouet, Poissy, MJ.2013.8.1

Au sein de la caisse en bois constituant ce jeu de tir musical, un mécanisme à clef, qui fonctionne encore, fait tourner en musique huit silhouettes de soldats français et prussiens faits de carton et de papier lithographié. Sur le fond se déroule une scène de guerre de 1870 : les soldats français chargent à cheval les soldats prussiens, qui semblent reculer. En arrière-plan gisent des combattants des deux camps, morts. Ce sont les uniformes des soldats qui nous permettent de dater ce jouet des années 1880.

S’il est aujourd’hui anonyme, le fusil associé est de la marque Eurêka. Fondée en 1883 par Henri Kratz-Boussac et fermée cent ans plus tard, cette société est connue pour ses jeux de tir et ses voitures. Deux flèches à ventouse sont conservées avec.

Après la défaite de 1870, la France est devenue une République et a perdu l’Alsace et la Lorraine. Elle éduque donc ses petits citoyens à la revanche. Ils constituent la future armée. Aux bataillons scolaires, qui enseignent la guerre, s’associent des jeux de tir comme celui-ci. L’objectif était en effet de tirer sur les soldats prussiens en épargnant les soldats français. Alors que les Prussiens portent un casque de fer ou un calot foncé à bande rouge et des uniformes  sombres, les Français sont revêtus d’un pantalon rouge garance et d’une veste bleu marine. Un observateur attentif notera toutefois que certains uniformes peuvent être aisément confondus : ce qui corse le jeu et accentue le plaisir…

Aujourd’hui, le musée conserve dix jeux de tir, mais celui-ci est le seul ayant pour thème la guerre franco-prussienne de 1870. Cinq d’entre eux sont de la marque Eurêka.


Miss Ondine

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Miss Ondine, Martin Élie, France, vers 1878, tête en biscuit, yeux en verre, corps en liège et bois, membres en bois et gutta-percha peints, mécanisme en métal, costume en jersey de laine. 34cm. Collection du musée du Jouet, Poissy, MJ. 80.27.1.

Cette petite poupée nageuse est faite de bois, de gutta-percha (caoutchouc moulé provenant de Malaisie), ainsi que de liège. Ce dernier, qui constitue la majeure partie de son corps, lui permet de flotter. Une fois la clef du mécanisme remontée, elle avance dans l’eau en imitant la brasse, comme une vraie petite nageuse ! La bobine attachée à son bras droit permet de la retenir et évite qu’elle ne se perde trop loin dans les bassins des jardins parisiens.

Brevetée par son créateur Élie Martin en décembre 1876, elle préfigure la création de sa maison de fabrication. Présentée dès 1878 à l’Exposition Universelle de Paris, elle est très appréciée et obtient la médaille de bronze. Son succès pousse les fabricants de poupées à la produire jusque dans les années 1920.

Miss Ondine est un jouet particulièrement novateur, mêlant les avancées techniques sur les poupées et les automates : il s’agit de la première poupée capable de nager. Plébiscitée par les enfants, elle est représentée à l’occasion des étrennes par la Maison du Petit-Saint-Thomas en décembre 1878. Deux Miss Ondine évoluent dans l’eau, sous les yeux de plusieurs enfants intrigués. Les poupées portent un costume de bain en jersey de laine identique à celui de la poupée conservée au musée. Il est légèrement en avance sur leur époque : les jeunes femmes ne pourront se découvrir ainsi les jambes qu’une dizaine d’années plus tard ! Mais il aurait été dommage de ne pas voir le mécanisme en fonctionnement à cause de pantalons trop longs…

Miss Ondine est unique dans la collection du Musée du Jouet de Poissy, et reste relativement rare sur le marché de l’art.


Tir aux soucoupes

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Tir aux soucoupes, Euréka KB fabricant (1883-1975), France, vers 1960, métal et carton. H. 45 cm x D. 63 cm. Collection Musée du Jouet, Poissy MJ.990.46.11

Ce jeu de « tir aux soucoupes » s’inscrit dans la catégorie des jeux d’adresse avec fusil à fléchettes (bien que celui-ci ne soit pas conservé). Les soucoupes volantes constituent des cibles mouvantes puisqu’elles sont entrainées dans un mouvement rotatif actionné par un moteur et des piles situées dans le socle. Variante « spatiale » du tir aux pigeons, ce jeu s’inscrit bien dans son temps – les années 1960 – et l’attrait pour la conquête de l’espace.

La société Euréka est fondée par Henri Kratz-Boussac en 1883, sous le nom KB gérée par la Société des inventions brevetées. La première usine est installée dans l’Eure à Douville-sur-Andelle, puis à Pont-Saint-Pierre à partir de 1904, elle déménage à Paris en 1945, passe en location-gérance par Sicopal en 1975, est reprise en 1977 par un de ses concurrents Normandy-Sport. Sa fermeture définitive intervient en 1983.

Henri Kratz achète en 1889 au cours de l’Exposition Universelle, à un ingénieur Américain, Mr Winston Pratt, le brevet de « La flèche en caoutchouc à adhésion pneumatique par le choc », la marque « K-B » dépose alors le brevet du « Tir Euréka »… Le nom était lancé !
Connue  essentiellement pour ses pistolets, fusils, tirs aux pigeons, jeux de fléchettes, la société Euréka fabrique aussi à partir des années 1920 des autos à pédales, patinettes, tricycles, et rameurs.

Le Musée du Jouet possède 25 jouets évoquant l’espace dans ses collections, allant des soucoupes volantes aux figurines Star wars, et passant par un char lunaire ou encore une miniature de la jeep de Tintin dans Objectif lune !  …

 


Le canot

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Canot mécanique à clé JEP n°2, avec pilote apparent, JEP (Jouet de Paris [1902] 1920-1968) Montreuil-sous-bois, France, 1955. Tôle peinte, L. 28 cm. Don de Mr Laillie en 1990.
Collection Musée du Jouet, Poissy MJ. 990.55.4 © Temps de Pose 2009

Ce canot automobile, au design épuré, reprenant un modèle à succès créé dans les années 1930, fonctionne grâce à un mécanisme d’horloge - actionné en tournant la clé sur le capot - et qui entraine l’hélice arrière. Il s’inscrit dans la tradition des jouets mécaniques produits dans la première moitié du XXème siècle, utilisant diverses techniques de propulsion, à l’exemple du Raceret, petit canot de course, fonctionnant par propulsion à air chaud.

Ces canots imitent la ligne des bateaux de courses, utilisés dans le motonautisme, qui devient un sport olympique dès 1908. La propulsion poussive de ces jouets ne leur permet pas de concurrencer leurs modèles, mais quelle joie pour les enfants d’aligner leurs canots pour une course sur le bassin du parc !

L’entreprise Jouets de Paris naît en 1902 suite à la réunion de plusieurs petites firmes de ferblanterie. En 1908, l'usine s'installe à Montreuil. En 1909, un incendie ravage l'usine. Le Jouet de Paris est racheté par la Société Industrielle de Ferblanterie (S.I.F). Les productions seront marquées J. de P., puis en 1928 rebaptisé JEP. Cette importante usine va fournir, surtout à partir des années 1925-30, quelques-uns des beaux jouets français : automobiles (Renault, Talbot, Bugatti) et trains (le Pacifique, le Train bleu, la Flèche d'Or). En 1925 et en 1937, Jouet de Paris expose avec succès ses productions aux Expositions Internationales à Paris. Elle cesse ses activités en 1968.

Le musée du Jouet possède 10 autres canots automobiles, dont le célèbre Ruban bleu n°1, édité en 1948, don de Mr Thauvin en 2009. 


La charrette du laitier

Lenoble fabricant (1899-1930), France, 1916. H. 48 x 85 cm. Collection Musée du Jouet, Poissy MJ.75.1.2
 
Charette laitier

Cette belle charrette, réalisée par la maison Lenoble en 1916, est en bois verni, avec des roues en fer. Elle transporte 8 bidons de lait en fer blanc, et est tirée par un cheval en papier mâché et bois, peint et vernis. Sa queue est en cheveux naturels bruns, sa crinière en soie noire, son harnachement en cuir, orné de grelots d'aluminium. Trois petites lanternes sont accrochées à la charrette.

La société Georges Lenoble, anciennement Maison Victor Desportes, est spécialisée dans la fabrication d’animaux en peaux, d’écuries, de blanchisseries. Elle est installée à Senlis puis, après un incendie dévastateur, boulevard Voltaire à Paris. Le noble compte une douzaine de salariés qui travaillent le bois, mettent en forme le carton, gainent de peau les animaux, ou réalisent le flocage.

Ce jouet illustre parfaitement la vie quotidienne d’autrefois (avant 1950), aussi bien dans les villes que les campagnes, où le laitier après avoir fait provision de lait à la ferme, livrait les épiceries et les particuliers de leurs bidons de lait.

Le musée du Jouet possède également 16 charrettes de différentes tailles, celle-ci en est sans nul doute la plus luxueuse, et la plus charmante.


Guignol et Gnafron, marionnettes originales de Laurent Mourguet

Lyon, vers 1820. H : 45.5 cm - Coll. Musée du Jouet, Poissy inv.MJ.75.11.1 et 2
 
Marionnettes

Il s’agit de deux marionnettes à gaine en bois enduit, sculptées à la main. L’une porte un costume de drap noir,gansé de rouge, et l’on reconnait à sa tresse en crin noir qu’il s’agit de Guignol ; l’autre porte un costume brun et une cape noire, ainsi qu’un chapeau haut-de forme, il s’agit de son comparse Gnafron.

Ce célèbre personnage de spectacle de marionnettes, encore connu - avec Polichinelle - des enfants d’aujourd’hui, est né de l’imagination de Laurent Mourguet (1769-1844), forain et marchand, venant d’une famille d'ouvriers canuts lyonnais. Devenu arracheur de dents en 1797 il exerçait son art sur les places publiques, les foires, détournant l'attention de ses clients à l’aide d’un spectacle de marionnettes inspiré du théâtre italien (Arlequin, Polichinelle et les autres personnages de la commedia dell'arte).

Entre 1804 et 1808, il invente ses propres personnages : Guignol, lui ressemblant physiquement (visage aux gros yeux, nez retroussé, joues colorées), contestataire, impertinent, gouailleur déformant les mots, ses comportements ressemblant à ceux des canuts dont il devient le porte-parole lorsque les soyeux lyonnais sont concurrencés par la soie étrangère ; Gnafron, philosophe dont les propos sont toujours pleins de bon sens, =tempère l'ardeur de Guignol mais aime faire la fête avec lui.

En 1820, Laurent Mourguet monte une troupe et se fait accompagner de ses enfants pour donner des représentations. En 1839, alors qu'il est âgé de 70 ans, il crée le premier café-théâtre Guignol permanent. Laurent Mourguet prend sa retraite en 1840 et réside rue du 4 septembre à Vienne (Isère), ville où il meurt en 1844. Deux de ses dix enfants reprennent son théâtre de Guignol.

Le musée du Jouet possède également 4 marionnettes de Guignol du début du XXe siècle, ainsi que 4 castelets pour enfants. 


La poupée Huret, son mobilier et son trousseau.

Maison Huret (1850-1937), France, Paris, 1852-55. H : 46.5 cm - Coll. Musée du Jouet, Poissy MJ.996.11.1.1 à 21
 
Poupee huret

La tête et le buste de cette poupée luxueuse sont en porcelaine, le corps - en bois tourné - est parfaitement articulé. Les avant-bras et les mains sont en métal peint. Elle a été acquise par le musée du Jouet de Poissy en 1996, avec l’aide du Fonds régional d’acquisition pour les musées d’Ile-de-France. Elle est équipée de quatre robes ou ensembles à crinoline, de chapeaux, de nombreux dessous de dentelle, d’accessoires raffinés (montre à gousset, manchon de velours, chaussons d’intérieurs, boîtes à chapeau, ombrelle en soie, couronne de mariée, jumelles d’opéra…), ainsi que de sa malle et d’un fauteuil de fer doré et velours rouge, lui aussi de la marque Huret.

La firme Huret, dirigée par Adélaïde Calixte Huret (1813-1905), fille d’un célèbre serrurier du roi, a produit des poupées à Paris entre 1850 et 1867. La Maison Huret s’est imposée sous le Second Empire pour la qualité de ses poupées jouets révolutionnaires. La grâce de leurs expressions, l’articulation très élaborée de leur corps leur permettant de prendre des attitudes très réalistes, la richesse de leurs garde-robes, reflétant aussi bien la mode enfantine qu’adulte, ont établi les poupées Huret comme les reines des jouets de cette période.

Cette poupée et une partie de ses accessoires est actuellement présentée au musée de la Nacre et de la Tabletterie à Méru (60110), à l’occasion de l’exposition « Il était une fois… des jeux anciens à l’univers du jouet » du 24 novembre 2016 au 28 mai 2017. http://musee-nacre.com/